Introduction : la dégradation, une variable financière souvent oubliée
Pour un industriel tunisien, une installation photovoltaïque représente un investissement à long terme. Pourtant, de nombreux business plans retiennent uniquement la production de la première année et appliquent cette valeur pendant 20, 25 ou 30 ans.
Cette méthode surestime les économies futures. Tous les modules photovoltaïques connaissent une baisse progressive de puissance, appelée dégradation annuelle. Même limitée à quelques dixièmes de pourcentage par an, cette perte influence la production cumulée, les économies d’électricité, le délai de récupération, le TRI et le coût actualisé de l’énergie.
L’objectif de cette étude de cas est de montrer, à partir d’une installation industrielle de 500 kWc en Tunisie, comment intégrer cette dégradation dans une analyse financière réaliste.
Points clés à retenir
Dans le scénario étudié, une centrale de 500 kWc produisant initialement environ 825 000 kWh par an nécessite un investissement estimatif de 450 000 DT HT. Avec une dégradation de 0,35 % par an après la première année, elle génère environ 23,30 GWh sur 30 ans, contre 22,81 GWh avec une hypothèse bancaire prudente de 0,5 %. L’écart représente près de 495 000 kWh supplémentaires, soit environ 134 000 DT de valeur énergétique dans notre hypothèse d’autoconsommation.
Les chiffres sont indicatifs et doivent être confirmés par une étude de faisabilité, les factures STEG, une simulation de production et les conditions contractuelles applicables au site.
1. Comprendre la dégradation des modules photovoltaïques
Dégradation de la première année
La première année peut inclure une perte initiale supérieure à la dégradation annuelle courante. Pour le LONGi Hi-MO X10, l’hypothèse retenue est une dégradation maximale de 1 % durant la première année, suivie d’une dégradation linéaire de 0,35 % par an.
La garantie de performance indique ainsi une rétention minimale de 88,85 % à 30 ans :
[
99% – (0,35% \times 29) = 88,85%
]
Formule de puissance
La puissance relative à l’année t peut être calculée avec la formule suivante :
[
P(t)=P(0)\times(1-d_1)\times(1-d)^{t-1}
]
Avec :
- (P(0)) : puissance initiale du générateur ;
- (d_1) : dégradation de la première année ;
- (d) : dégradation annuelle à partir de la deuxième année ;
- (t) : année d’exploitation.
Dans notre cas :
- (d_1 = 1%) ;
- (d = 0,35%) pour le LONGi Hi-MO X10 ;
- (d = 0,40%) pour un module TOPCon standard ;
- (d = 0,50%) pour l’hypothèse bancaire prudente.

Consultez la gamme LONGi Hi-MO X10 proposée par VLD SOLAR et les informations du fabricant sur le site officiel de LONGi.
2. Cadre technique et réglementaire tunisien
La Tunisie bénéficie d’un gisement solaire favorable. Selon la région, l’irradiation peut se situer autour de 1 800 à 2 000 kWh/m²/an, avec des niveaux supérieurs dans le Sud. Pour un projet industriel correctement conçu, une hypothèse prudente de 1 600 à 1 650 kWh/kWc/an est généralement pertinente.
Le ratio de performance, ou PR, dépend notamment :
- de la température des modules ;
- de l’encrassement ;
- des pertes électriques ;
- du rendement des onduleurs ;
- des indisponibilités ;
- de l’orientation et de l’inclinaison ;
- des pertes par ombrage.
Dans notre étude, la production de référence est fixée à 1 650 kWh/kWc/an, soit :
[
500 \times 1,650 = 825,000 \text{ kWh/an}
]
Pour l’autoconsommation industrielle, le cadre tunisien repose notamment sur la loi n°2015-12 et le décret n°2016-1123. Le projet doit être étudié avec l’ANME et la STEG, notamment pour le raccordement moyenne tension, le comptage, les protections et les éventuels excédents injectés.
L’excédent vendu à la STEG est généralement encadré par les conditions réglementaires et contractuelles applicables, avec une limite couramment citée de 30 % de la production annuelle pour les projets concernés. La validation finale dépend toutefois du régime du projet et des textes en vigueur.
Hypothèses tarifaires utilisées
Pour cette étude, nous retenons un prix moyen évité de 0,291 DT/kWh HT, auquel s’ajoutent à titre indicatif :
- surtaxe municipale : 0,005 DT/kWh ;
- taxe FTE : 0,005 DT/kWh ;
- TVA : 19 % ;
- redevance de puissance indicative : environ 5 000 millimes/kVA/mois selon l’hypothèse fournie.
Les options horaires peuvent comprendre, à titre de repère :
| Poste tarifaire indicatif | Prix HT |
|---|---|
| Tarif uniforme de référence | 291 millimes/kWh |
| Jour | 290 millimes/kWh |
| Pointe été | 417 millimes/kWh |
| Pointe soir | 377 millimes/kWh |
| Nuit | 291 millimes/kWh |
Les montants exacts doivent être vérifiés dans le contrat STEG du site. Les barèmes peuvent évoluer et la structure tarifaire moyenne tension peut différer selon le régime de facturation. Dans le modèle financier, la TVA n’est pas comptabilisée comme une économie lorsque l’entreprise la récupère.
3. Étude de cas : usine industrielle de 500 kWc
Hypothèses du site
Nous considérons une usine textile ou agroalimentaire raccordée en moyenne tension :
| Paramètre | Hypothèse |
|---|---|
| Puissance photovoltaïque | 500 kWc |
| Consommation annuelle du site | 1,8 GWh |
| Production de référence | 825 000 kWh/an |
| Autoconsommation directe | 90 % |
| Énergie valorisée au tarif évité | 0,301 DT/kWh HT |
| PR cible | 0,78 à 0,82 |
| Investissement clé en main | 450 000 DT HT |
| Maintenance et exploitation | 1,5 % de l’investissement/an |
| Taux d’actualisation | 9 % |
| Durée d’analyse | 30 ans |
L’investissement de 450 000 DT HT correspond à 0,90 DT/Wc, une hypothèse située dans la fourchette indicative de 0,8 à 1,2 DT/Wc pour une installation industrielle clé en main. Les coûts réels dépendent de la structure, du poste MT, des protections, du génie civil, des études et des conditions d’installation.
Production annuelle selon la dégradation
| Année | LONGi 0,35 % | Module standard 0,40 % | Hypothèse bancaire 0,50 % |
|---|---|---|---|
| 1 | 816 750 | 816 750 | 816 750 |
| 2 | 813 891 | 813 483 | 812 666 |
| 3 | 811 044 | 810 229 | 808 602 |
| 4 | 808 205 | 806 988 | 804 559 |
| 5 | 805 376 | 803 760 | 800 536 |
| 6 | 802 558 | 800 545 | 796 533 |
| 7 | 799 749 | 797 343 | 792 550 |
| 8 | 796 949 | 794 154 | 788 587 |
| 9 | 794 160 | 790 977 | 784 644 |
| 10 | 791 381 | 787 813 | 780 721 |
| 11 | 788 611 | 784 662 | 776 817 |
| 12 | 785 851 | 781 523 | 772 933 |
| 13 | 783 100 | 778 397 | 769 068 |
| 14 | 780 359 | 775 283 | 765 223 |
| 15 | 777 628 | 772 182 | 761 397 |
| 16 | 774 906 | 769 093 | 757 590 |
| 17 | 772 194 | 766 017 | 753 802 |
| 18 | 769 492 | 762 953 | 750 033 |
| 19 | 766 798 | 759 901 | 746 283 |
| 20 | 764 115 | 756 861 | 742 552 |
| 25 | 750 836 | 741 846 | 724 172 |
| 30 | 737 788 | 727 129 | 706 247 |
Sur 30 ans, la production cumulée est estimée à :
| Scénario | Production cumulée sur 25 ans | Production cumulée sur 30 ans |
|---|---|---|
| LONGi, 0,35 %/an | 19,59 GWh | 23,30 GWh |
| Module standard, 0,40 %/an | 19,47 GWh | 23,13 GWh |
| Hypothèse bancaire, 0,50 %/an | 19,24 GWh | 22,81 GWh |
| Sans dégradation | 20,63 GWh | 24,75 GWh |
4. Économies, amortissement et TRI
L’énergie directement autoconsommée est valorisée à :
[
0,291 + 0,005 + 0,005 = 0,301 \text{ DT/kWh HT}
]
Avec 90 % d’autoconsommation, la valeur moyenne par kWh produit devient :
[
0,301 \times 90% = 0,2709 \text{ DT/kWh}
]
En première année, les économies brutes sont donc :
[
816,750 \times 0,2709 = 221,258 \text{ DT}
]
Les coûts d’exploitation sont estimés à :
[
450,000 \times 1,5% = 6,750 \text{ DT/an}
]
Le flux net de première année atteint ainsi environ 214 500 DT.
| Indicateur sur 30 ans | Avec dégradation 0,35 % | Sans dégradation |
|---|---|---|
| Investissement initial | 450 000 DT | 450 000 DT |
| Flux net année 1 | 214 500 DT | 216 700 DT |
| Retour simple sur investissement | 2,10 ans | 2,08 ans |
| Production cumulée | 23,30 GWh | 24,75 GWh |
| TRI estimatif | ≈ 47,2 % | ≈ 48,2 % |
| VAN à 9 % | ≈ 1,69 MD | ≈ 1,78 MD |
| LCOE actualisé | ≈ 0,064 DT/kWh | ≈ 0,061 DT/kWh |
Le délai de récupération paraît peu différent à court terme, car la première année concentre une grande partie des flux financiers. En revanche, la dégradation modifie progressivement la VAN, le TRI et la production cumulée. Plus la période d’exploitation est longue, plus cette différence devient significative.
Le LCOE est calculé selon :
[
LCOE=\frac{I+\sum Coûts\ d’exploitation\ actualisés}{\sum Production\ actualisée}
]
Ce résultat n’intègre ni financement bancaire, ni remplacement exceptionnel d’onduleur, ni augmentation future du tarif STEG. Il doit donc être utilisé comme indicateur technique de comparaison et non comme une offre financière.
5. Gain du LONGi Hi-MO X10 sur le long terme
Par rapport à l’hypothèse bancaire de 0,5 % par an, le scénario LONGi à 0,35 % génère environ :
- 350 000 kWh supplémentaires sur 25 ans ;
- 495 000 kWh supplémentaires sur 30 ans ;
- environ 94 800 DT de valeur énergétique sur 25 ans ;
- environ 134 000 DT sur 30 ans, avec 90 % d’autoconsommation ;
- l’équivalent d’environ 0,6 année de production à la fin de la période.
Par rapport à un module standard à 0,40 %, le gain reste plus modéré, mais atteint environ 166 000 kWh sur 30 ans.
La dégradation n’est toutefois pas le seul facteur de performance. Le choix du module, le dimensionnement des chaînes, le nettoyage, la disponibilité des onduleurs et le suivi des alarmes peuvent avoir un effet supérieur à quelques centièmes de point de dégradation annuelle.
6. Température, rendement réel et climat tunisien
Dans le Sud tunisien comme dans les zones industrielles fortement exposées, la température des modules peut dépasser largement les conditions standard de test de 25 °C. Le coefficient de température devient donc déterminant.
Le LONGi Hi-MO X10 HPBC 2.0 annonce un coefficient de puissance d’environ -0,26 %/°C. Une température de cellule de 65 °C représente ainsi environ 40 °C au-dessus de la référence STC, soit une perte théorique de puissance proche de :
[
40 \times 0,26% = 10,4%
]
Ce calcul ne représente pas toute la production annuelle, mais il illustre pourquoi il faut comparer le coefficient de température et non uniquement le rendement nominal du module.

Un onduleur performant, correctement ventilé et surveillé, contribue également à maintenir un PR élevé. Les solutions Hopewind couvrent les applications résidentielles, commerciales et industrielles, avec des fonctions de supervision telles que HopeCloud.
7. Architecture recommandée pour ce type de projet
Pour une centrale industrielle de 500 kWc, une architecture cohérente peut associer :
- des modules LONGi Hi-MO X10 ou Hi-MO 9 Prime ;
- des onduleurs de chaîne Hopewind ;
- une supervision de production et d’alarmes via HopeCloud ;
- des protections DC et AC, des sectionneurs, disjoncteurs, parafoudres et coffrets ONCCY ;
- des micro-onduleurs Envertec pour les petites zones complexes, les toitures fragmentées ou les parties présentant des ombrages différenciés ;
- une étude éventuelle de stockage avec les solutions batteries de VLD SOLAR et le nouveau référentiel technique STEG relatif au stockage.
Les composants de protection ne doivent pas être considérés comme de simples accessoires. Ils participent à la sécurité, à la disponibilité et à la durée de vie de l’installation. Les solutions ONCCY comprennent notamment des isolateurs, disjoncteurs, parafoudres et coffrets de combinaison photovoltaïques.
Conclusion : intégrer la performance réelle dans chaque business plan
Une analyse financière photovoltaïque fiable en Tunisie doit dépasser le simple calcul « investissement divisé par économies de la première année ». Elle doit intégrer :
- la production réelle en kWh/kWc ;
- le PR et les pertes liées à la chaleur ;
- le niveau d’autoconsommation ;
- les tarifs STEG réellement applicables ;
- les taxes et la TVA ;
- les coûts de maintenance ;
- la dégradation annuelle ;
- les conditions de raccordement et d’injection ;
- le financement et le taux d’actualisation.
Dans notre étude, la différence entre une dégradation de 0,35 % et une hypothèse prudente de 0,5 % représente près de 495 000 kWh sur 30 ans, soit environ 134 000 DT de valeur énergétique. Le retour initial reste proche de deux ans dans le scénario retenu, mais la technologie à faible dégradation améliore la production cumulative, la VAN et la visibilité financière du projet.
Pour un industriel tunisien, le meilleur choix n’est donc pas nécessairement le module affichant le prix d’achat le plus bas. Il faut comparer le coût total du kWh produit, la garantie linéaire, le coefficient de température, la qualité du suivi, la disponibilité des équipements et la conformité aux exigences de la STEG et de l’ANME.
Pour approfondir les solutions disponibles, consultez les panneaux photovoltaïques, les onduleurs, les accessoires photovoltaïques et les actualités de VLD SOLAR. Pour une approche pédagogique de la conversion de la lumière en électricité, voir également l’article Wikipédia consacré à l’effet photovoltaïque.

